Alors que plusieurs expert·es de l’ONU appellent l’Europe à suspendre son accord commercial avec Israël, les ministres des affaires étrangères des États membres s’y sont opposés lors d’une réunion mardi dernier.
Par l’Agence Média Palestine, le 24 avril 2026

« L’Union européenne ne peut prétendre défendre les droits humains tout en maintenant un commerce préférentiel avec un État dont les agissements équivalent à un génocide. » La phrase a été publiée noir sur blanc lundi 20 avril, signée par pas moins de 20 personnalités des plus internationalement compétentes en matière de droits humains : des rapporteur·euses spéciales·aux de l’organisation des Nations unies (ONU).
Dans ce même texte, les 20 expert·es de l’ONU appellent à la suspension immédiate de l’accord commercial avec Israël, qu’ils et elles qualifient par ailleurs d’« exigence minimale », rappelant qu’« en tant que parties à la Convention sur le génocide et aux Conventions de Genève, tous les États membres de l’UE sont tenus de mettre en œuvre tous les moyens raisonnables pour prévenir le génocide et garantir le respect du droit humanitaire » et qualifiant la situation de « test moral ».
Ces recommandations n’auront apparemment pas été assez précises pour les ministres européens des Affaires étrangères, qui ont écarté le lendemain la suspension, exigée par seulement 7 des 27 États membres.
« Légitimer et financer »
L’accord d’association en question, signé en 1995 et entré en vigueur en 2000, garantit les échanges entre l’Union européenne (UE) et Israël. Il contient deux axes principaux : un dialogue politique et une libéralisation des échanges commerciaux entre les parties, par la suppression des droits de douane et l’interdiction des restrictions quantitatives. Les échanges commerciaux permettent à l’UE de se maintenir comme premier partenaire commercial d’Israël, représentant 28,8 % de ses échanges de marchandises en 2022. La France, à elle seule, est le 10ᵉ fournisseur et le 11ᵉ client d’Israël.
L’accord lui-même comporte un article qui conditionne son usage au respect des droits humains et des principes démocratiques par les deux parties, un article souvent invoqué par les militant·es de la cause palestinienne pour exiger la suspension.
C’est notamment sur cet article que s’appuie une pétition d’initiative citoyenne, portée par la France Insoumise au sein de l’Alliance de la gauche européenne pour les peuples et la planète (ELA), qui dépassé un million de signatures, affirmant que « les citoyens de l’Union européenne ne sauraient tolérer que celle-ci maintienne un accord qui contribue à légitimer et à financer un État commettant des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre. »
Si l’accord UE-Israël est régulièrement questionné par des États membres de l’UE, l’appel à sa suspension n’a jamais été aussi explicite. Vendredi dernier, une lettre adressée par l’Irlande, la Slovénie et l’Espagne, demandait à la Commission européenne que « l’accord d’association UE-Israël soit examiné lors de la prochaine réunion du Conseil des Affaires étrangères », exprimant une« vive inquiétude » concernant plusieurs mesures politiques et militaires israéliennes récentes « contraires aux droits de l’homme » et au droit international, dont la récente loi instaurant la peine de mort pour les Palestinien·nes.
Le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, a annoncé dimanche que son gouvernement déposerait durant la réunion « une proposition visant à ce que l’Union européenne rompe son accord d’association avec Israël ».
Le débat intervient dans un contexte de crispation croissante au sein de l’Union européenne, notamment après l’offensive israélienne au Liban. En septembre, face à la dégradation de la situation dans la bande de Gaza, la Commission européenne avait déjà proposé une suspension partielle de l’accord, en taxant davantage les produits israéliens importés dans l’UE.
Une telle décision nécessiterait toutefois l’accord d’une majorité d’États membres. Or, certains pays, dont l’Allemagne, s’opposent à toute suspension ou résiliation globale de l’accord.
Cette semaine, seuls sept États ont défendu la suspension de l’accord lors de la réunion de la Commission européenne : l’Irlande, Malte, les Pays-Bas, le Portugal, la Slovénie, l’Espagne et la Belgique.
Pour justifier leur refus d’appliquer les recommandations des expert·es de l’ONU, le ministre allemand des Affaires étrangères a qualifié le gel de l’accord de libre-échange avec Israël d’« inapproprié », tandis que le ministre italien appelait à ne pas « frapper » l’ensemble de la population israélienne, la ministre roumaine affirmant le « le droit d’Israël à la légitime défense ».
Alors que la France n’a pas appuyé la demande de suspension de l’accord, Emmanuel Macron a parlé par la suite d’une « interrogation légitime » dans le cas où Israël « continue cette politique qui contrevient à son histoire », sans fixer de délai à cette interrogation.Des positions navrantes en regard de l’urgence, alors qu’Israël poursuit sans relâche sa guerre génocidaire à Gaza, accélère son annexion illégale de la Cisjordanie et sa politique d’apartheid à travers tout le territoire.



