Par Tamara Turki, Middle East Eye, le 29 avril 2026
Les organisateurs affirment que les forces israéliennes ont saisi au moins 15 bateaux, laissant d’autres à la dérive après la destruction de leurs moteurs.

Les forces navales israéliennes ont mené des raids contre des navires d’aide humanitaire à destination de Gaza, mercredi 29 avril au soir, dans les eaux internationales, à des centaines de milles nautiques de l’enclave assiégée.
Selon la mission d’aide de la flottille mondiale Sumud, au moins 15 bateaux ont été arraisonnés, et les personnes à bord ont été « enlevées » par les forces israéliennes et sont portées disparues.
Le ministère israélien des Affaires étrangères a déclaré qu’environ 175 militant·es provenant de plus de 20 bateaux étaient détenu·es par Israël.
Les équipes de la flottille mondiale Sumud ont déclaré que plusieurs navires avaient été « systématiquement mis hors service » après avoir été attaqués, laissant des militant·es bloqué·es en mer. « Après avoir détruit les moteurs et les systèmes de navigation, les militaires se sont retirés, abandonnant intentionnellement des centaines de civils sur des navires hors d’usage, en plein sur la trajectoire d’une violente tempête qui approchait », ont-elles déclaré. « De plus, les communications avec plusieurs navires ont été brouillées, les empêchant de se coordonner ou de signaler leur besoin d’aide. »
La saisie des bateaux a eu lieu à environ 600 milles nautiques des côtes de Gaza, au large de l’île grecque de Crète. Peu avant le raid, des militant·es ont déclaré avoir été approché·es par des vedettes rapides militaires se présentant comme israéliennes. Des soldats auraient pointé des lasers et des armes semi-automatiques sur les personnes à bord, leur ordonnant de se mettre à genoux. Ils ont ajouté que les communications des vedettes étaient brouillées.
« Il s’agit de piraterie. Il s’agit de la capture illégale d’êtres humains en haute mer, près de la Crète, ce qui prouve qu’Israël peut agir en toute impunité, bien au-delà de ses frontières, sans aucune conséquence », ont déclaré les organisateurs dans un communiqué. Et d’ajouter : « Aucun État n’a le droit de revendiquer, de contrôler ou d’occuper les eaux internationales. Or, c’est précisément ce qu’a fait Israël, étendant son régime de contrôle et occupant la mer Méditerranée au large des côtes européennes. »
Blocus de Gaza
Au début du mois, environ 58 navires transportant un millier de militants ont quitté l’Espagne avec pour objectif de briser le blocus israélien de la bande de Gaza et d’acheminer de l’aide humanitaire. La Flottille mondiale Sumud a qualifié cette opération de « plus importante mobilisation maritime civile coordonnée jamais réalisée ».
L’envoyé spécial d’Israël auprès de l’ONU, Danny Danon, a salué le raid dans un message publié sur X. « Une autre flottille provocatrice a été stoppée avant d’atteindre notre zone », a-t-il déclaré. « Nos courageux soldats de Tsahal (l’armée israélienne) font preuve de professionnalisme et de détermination face à un groupe d’agitateurs délirants en quête d’attention. »
Dans un message audio envoyé à la flottille et documenté par des militant·es, un soldat israélien a déclaré que le blocus de Gaza était un « blocus maritime légal pour des raisons de sécurité » et que toute tentative de le franchir « constituait une violation du droit international ».
En 2023, Israël a lancé un génocide dévastateur à Gaza, bloquant l’acheminement de nourriture, d’eau, d’aide et d’électricité vers l’enclave, tout en menant des frappes aériennes soutenues pendant plus de deux ans. Les bombardements ont tué au moins 72 500 Palestinien·nes et on estime à 8 000 le nombre de disparu·es. Le blocus a provoqué une famine dans certaines parties de Gaza, tandis que la plupart des hôpitaux, des maisons et des écoles ont été détruites.
Malgré un cessez-le-feu signé l’an dernier, Israël a continué d’imposer des restrictions à Gaza en violation de l’accord, laissant la crise humanitaire non résolue. Plusieurs flottilles ont tenté des voyages similaires vers Gaza pendant le conflit, mais ont également été interceptées et redirigées vers les côtes israéliennes. Les dernières saisies, effectuées à des centaines de kilomètres des côtes de Gaza, étaient les plus éloignées de l’enclave, les raids précédents ayant eu lieu plus près du rivage.



