Traqués, assassinés puis dénigrés : avec Amal Khalil, 363 journalistes tués par Israël depuis le 7 octobre 2023

Par Meriem Laribi pour l’Agence Média Palestine, le 27 avril 2026

Au Liban, l’assassinat de la journaliste Amal Khalil a provoqué une immense émotion chargée de colère. En pleine trêve officielle, cette journaliste du quotidien Al-Akhbar, âgée de 42 ans, a été traquée et assassinée le 22 avril par l’armée israélienne. Basée dans le sud du Liban, Amal Khalil couvrait les destructions dans le village de Bint Jbeil, avec une collègue, Zaynab Faraj, qui a été grièvement blessée.

Le récit de la traque laisse peu de doutes quant au ciblage délibéré des journalistes par l’armée israélienne. Autour de 14h45, les deux femmes s’étaient réfugiées dans une maison après qu’une frappe israélienne avait visé une voiture qui les précédait. Dans ce véhicule, le maire de Bint Jbeil, occupée par Israël, et un homme qui l’accompagnait, ont été tués. Une frappe israélienne a ensuite visé la maison où s’étaient réfugiées les deux journalistes. 

À 14h50, Amal Khalil a contacté ses collègues et sa famille. La nouvelle de sa situation s’est rapidement répandue si bien que le président libanais Joseph Aoun a immédiatement publié un communiqué appelant la Croix-Rouge à secourir les deux journalistes en coordination avec l’armée libanaise et les Nations Unies.

À 16h27, la maison où les deux journalistes s’étaient réfugiés a été bombardée par l’armée israélienne et tout contact avec les journalistes a été perdu, selon Al-Akhbar.

Israël n’a pas répondu aux demandes d’accès à la zone, entravant ainsi toute opération de sauvetage, selon un responsable militaire libanais interrogé par Al Jazeera. La Croix-Rouge a finalement obtenu un accès limité au site qui restait sous le feu ennemi, d’après le Comité pour la protection des journalistes. Les secours ont pu évacuer Zaynab Faraj et récupérer les corps de deux autres civils tués. Mais ils ont été contraints de se retirer avant de retrouver Amal Khalil en raison des bombardements continus et des tirs directs sur leurs véhicules. L’ambulance de la Croix-Rouge qui transportait le journaliste Zaynab Faraj à l’hôpital a été ciblée par des tirs israéliens. La Croix-Rouge a finalement pu retourner sur les lieux et constater le décès d’Amal Khalil.

«“Proche du Hezbollah”… vous savez ce que ça veut dire en français ?  »

Surnommée la « correspondante du Sud » par Al-Akhbar, Amal Khalil a grandi à Baysariyyeh, ville côtière du district de Saïda, à environ 45 minutes de route de la frontière israélienne, rapporte le site Drop Site News. Pendant plus de quinze ans, elle a couvert les guerres et occupations successives du Sud-Liban par l’armée israélienne. Fondé en 2006, Al-Akhbar se définit comme un média laïque, indépendant et progressiste. Il est largement perçu comme soutenant le Hezbollah et la résistance chiite, ce que les médias français n’ont pas manqué de souligner en évoquant la mort d’Amal Khalil.

« Une journaliste libanaise du journal Al Akhbar, réputé proche du Hezbollah a été tuée », a par exemple titré le journal de 20h de France télévision. Une phrase commentée en ces termes par Muzna Shihabi, responsable développement en communication au sein du Centre arabe de recherches et d’études politiques à Paris (CAREP) : «“Proche du Hezbollah”… vous savez ce que ça veut dire en français ? ça veut dire : elle l’a cherché… ça veut dire : elle savait ce qu’elle risquait. ça veut dire : Israël a le droit de tuer.  ça veut dire : pas besoin d’enquêter.  ça veut dire : un journaliste de moins dans une zone qu’on préfère ne pas voir. Ça veut dire: Israël, l’état génocidaire, a toujours raison… »

Le 25 avril, la Société des journalistes (SDJ) de BFM TV s’est désolidarisée de propos tenus par un général et ancien chef de liaison de la FINUL sur la chaîne d’information en continu. Le général Philippe Sidos a en effet tenté de légitimer l’assassinat de la journaliste Amal Khalil, ciblée selon lui car le journal Al-Akhbar pour lequel elle travaillait était « très très pro Hezbollah » et que les Israéliens estiment que les journalistes qui y travaillent sont des « espions du Hezbollah ».

Amal Khalil menacée dès septembre 2024

Selon Drop Site News, Amal Khalil avait déjà reçu des menaces de mort explicites sur son téléphone en septembre 2024, envoyées par Gideon Gal Ben Avraham, un commentateur médiatique qui anime une chaîne d’analyse du Moyen-Orient sur YouTube et se présente comme un officier militaire à la retraite qui continue de « collaborer » avec les services de renseignement israéliens. Ses messages conseillaient à la journaliste de quitter le pays « si elle voulait garder la tête sur les épaules » et lui demandaient si sa maison était « toujours debout ».

Contacté par le journaliste Jérémy Lofredo de Drop Site au moment même où Amal Khalil était prise au piège et avant que la nouvelle de son décès ne soit rendue publique, Ben Avraham a confirmé avoir envoyé ces menaces en 2024. Fanfaronnant, il a répondu : « Transmettez mes salutations à tous les journalistes affiliés au Hezbollah, car quiconque travaille pour cette organisation doit savoir qu’il est voué à la mort », a-t-il écrit, précisant par la suite qu’il considérait Al-Akhbar comme un média « affilié au Hezbollah » et que « seuls les proches du Hezbollah devraient avoir peur ».

Drop Site précise ignorer la nature des relations de Gideon Gal Ben Avraham avec l’armée israélienne. Interrogé sur la situation d’Amal Khalil, piégée sous les décombres d’une maison ciblée par l’armée israélienne, il a répondu : « Nous ne communiquons pas nos renseignements aux journalistes. » À la question de savoir s’il était soldat lorsqu’il a adressé les premières menaces à Khalil en 2024, Ben Avraham a répondu : « Sans commentaire. »

L’assassinat d’Amal Khalil porte à 25 le nombre de journalistes tué.es par Israël au Liban. En tout, le site de recensement Stop Murdering Journalists compte 363 journalistes assassiné.es par Israël depuis le 7 octobre 2023, dont 321 à Gaza.

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